Quand l’au-delà nous éclaire (trop)
Au départ, Light Shop m’a happée comme un bon vieux drama d’épouvante. L’ambiance lourde, presque suffocante, l’étrange boutique plantée entre deux mondes, et ces âmes qui s’y croisent comme dans un cauchemar éveillé… Je m’attendais à frissonner, à croiser quelques fantômes tordus à la Ju-On, à jouer à me faire peur en éteignant la lumière chez moi. Mais très vite, le drama a basculé, lentement, mais sûrement, vers tout autre chose.
Et là, surprise. Ce qui s’annonçait comme une série de récits surnaturels s’est transformé en une véritable plongée émotionnelle dans la douleur, la perte et le non-dit. On n’est plus seulement dans l’épouvante, mais dans la mémoire vivante de la mort. Et c’est là que ça m’a frappée : je n’étais plus uniquement spectatrice, j’étais traversée par la souffrance des personnages.
Une mise en scène signée Park In Je : entre mystère et émotion viscérale
À la réalisation, on retrouve Park In Je, déjà aux commandes de l’excellent drama Moving — un autre bijou de narration qui mêlait habilement surnaturel et émotion familiale. Ici encore, il prouve qu’il sait manier le fantastique non pas pour faire peur, mais pour faire réfléchir, ressentir, trembler de l’intérieur. Il filme l’au-delà avec pudeur, poésie et parfois une tension glaçante. Sa mise en scène joue beaucoup sur les silences, les cadrages serrés, les lumières tamisées et les contrastes forts. On ressent sa signature dans chaque plan : l’humain avant tout, même dans l’inhumain.

Un casting solide pour porter l’indicible
Difficile de traverser un tel flot d’émotions sans un casting à la hauteur… et ici, Light Shop ne déçoit pas. Chaque acteur incarne avec justesse des personnages écorchés, suspendus entre vie et mort, douleur et apaisement. Leur jeu est sobre, profond, jamais dans l’excès, ce qui rend chaque regard, chaque silence, encore plus percutant.
- Ju Ji Hoon (vu dans Kingdom, Jirisan) est magnétique dans le rôle du mystérieux propriétaire de la boutique. Il incarne à merveille le calme, l’ambiguïté et la sagesse silencieuse de celui qui voit défiler les âmes.
- Park Bo Young (Doom at Your Service, Strong Woman Do Bong Soon) apporte sa sensibilité habituelle dans un rôle fragile mais essentiel, celui de l’écoute et de la compassion.
- Bae Sung Woo, qu’on connaît pour ses rôles puissants, livre ici une performance tout en retenue.
- Joo Jong Hyuk (Extraordinary Attorney Woo) surprend dans un registre plus grave.
- Kim Seol Hyun (Summer Strike, Awaken) est intense, vulnérable, et offre l’une des histoires les plus marquantes du drama.
- Go Youn Jung (Moving, Alchemy of Souls) est troublante et envoûtante dans un rôle court mais profondément symbolique.
- Sans oublier Lee Jung Eun (Parasite, Juvenile Justice), toujours impeccable, et Esom, subtile et juste.

La mort n’est pas une délivrance immédiate
Ce qui rend Light Shop à la fois si beau et si perturbant, c’est cette idée que la mort n’est pas une fin, mais un espace d’attente, de transition, un lieu mental autant que spirituel où chaque âme reste, bloquée par un dernier regret, un traumatisme, ou juste une émotion mal digérée.
On est loin des enfers flamboyants ou des cieux lumineux. Ici, les morts habitent une frontière floue, dans une obscurité épaisse, une sorte de purgatoire émotionnel qui a tout d’un reflet de notre inconscient. Et la fameuse boutique — ce “Light Shop” — agit comme un sas, une chambre noire avant le développement. C’est l’endroit où tout se révèle… douloureusement. Les personnes, plongées dans le coma flirtant avec la mort s’y promènent également. Leur volonté est leur seule option pour quitter ces allées noires et pluvieuses.

La lumière au bout du couloir : une métaphore universelle ?
Dans beaucoup de traditions (et de récits de personnes ayant vécu des expériences de mort imminente – j’en ai connu une), la lumière au bout du tunnel symbolise le passage vers l’au-delà, la paix, la libération. Ici, cette lumière semble être à la fois attirante et cruelle. Car pour l’atteindre, il faut accepter la vérité. Et souvent, cette vérité fait plus mal que le mensonge qui liait les âmes à leur douleur.
La lumière devient donc une métaphore de la conscience : elle éclaire, mais elle brûle. On ne peut pas y entrer sans se délester de ses poids. Et certains personnages ne sont tout simplement pas prêts. Alors, ils restent là, dans la pénombre, comme nous parfois, face à nos propres douleurs.
Trop d’émotions, pas assez de fantômes ?
Je ne vais pas mentir : j’ai été bouleversée. Pas juste touchée. J’ai ressenti un vrai malaise, une empathie si forte que j’en ai fait des cauchemars. C’est dire comme c’est bien joué, bien écrit, bien mis en scène… mais aussi à quel point ce drama ne laisse pas indemne.
Par moments, j’aurais préféré qu’on reste dans quelque chose de plus léger, plus métaphorique, voire dans un folklore un peu biscornu avec des esprits farceurs et des rituels mystérieux. Parce qu’ici, ce ne sont pas les monstres qui font peur : ce sont les blessures humaines.
La fin de Light Shop entre psyché et spiritualité
La fin de Light Shop n’est pas là pour apporter des réponses nettes, mais pour faire résonner quelque chose en nous.
La lumière n’est pas juste une image religieuse du paradis. Elle symbolise le lâcher-prise ultime, celui qu’on atteint quand on a fait la paix avec soi-même, avec ses douleurs, ses regrets, ses non-dits.
Les âmes errantes de la boutique ne sont pas punies. Elles s’auto-suspendent, bloquées par leurs blessures non digérées, comme des patients refusant inconsciemment de guérir. C’est une zone grise, une métaphore de la dépression, du trauma non résolu, du deuil impossible. C’est un entre-deux volontaire, des limbes pour ceux qui ne sont pas prêts à passer de l’autre côté. Par attachement, par peur, ou par refus de faire face à leur vérité. Le drama nous montre qu’il faut parfois du temps pour “mourir complètement” — non pas physiquement, mais émotionnellement. Et que ce temps peut être lourd, ténébreux.
Quand Hyewon devient immense, c’est l’illustration parfaite de cette idée : plus on garde la souffrance en soi, plus elle grandit, nous déforme, prend toute la place. Et tant qu’on ne l’exprime pas, qu’on ne la regarde pas en face, on ne peut pas passer à autre chose. Elle incarne une émotion ou un trauma devenu démesuré, qui prend toute la place. Sa douleur, sa culpabilité… grossissent jusqu’à la faire déborder d’elle-même. Elle ne peut plus exister normalement tant qu’elle est envahie par cette émotion. C’est très visuel, presque psychanalytique.
La boutique de lumière devient alors un lieu profondément spirituel : un espace de compassion où les âmes viennent déposer ce qui les alourdit.
C’est peut-être ça, le vrai au-delà : non pas un lieu, mais un état intérieur de libération.
Et cette fin douce-amère nous rappelle une chose essentielle :
Partir en paix, ce n’est pas échapper à la douleur. C’est apprendre à ne plus en avoir peur.








En résumé
Light Shop est un drama à double tranchant. Il commence comme un conte sombre et mystérieux, mais se révèle être une méditation crue et déchirante sur le deuil, la mémoire et l’acceptation. Il faut être prêt à ressentir, à plonger dans des zones inconfortables de l’âme humaine. C’est puissant, c’est magnifiquement mis en scène, mais c’est aussi… douloureux.
Est-ce que je le recommande ? Oui, mille fois. Mais avec une alerte émotionnelle clignotante. Et peut-être une peluche à câliner à la fin de chaque épisode.






Une réponse à “Entre lumière et ténèbres : ce que LIGHT SHOP m’a fait ressentir”
bonjour, comment vas tu? merci pour la recommandation. je l’ajoute à ma watchlist. passe un bon lundi et à bientôt!
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